La gigantesque abeille

La gigantesque abeille

23 avril 2022 1 Par Hélène

Quelques rayures, du jaune et du noir, deux antennes, deux paires d’ailes, de grands yeux aux multiples facettes, une bouche, un jabot et un dard. Mais surtout, trois paires de pattes équipées de petits peignes et de paniers à pollen. Un petit insecte d’apparence si minuscule, mais si gigantesque dans sa mission de vie.

Abeille : petit insecte capable de fabriquer du ciel

Dictionnaire des mots tordus de Pef

Des philosophes de l’antiquité à aujourd’hui, l’abeille fait couler beaucoup d’encre.
Numéro 1 des pollinisateurs, indispensable à notre environnement, cet hyménoptère doit faire l’ouverture de mon blog.

Comme l’exprimait Aristote, la ruche est un microcosme pour fournir la clé du mystère de l’origine des choses.
La maison des abeilles est aussi la tienne et elle est peut-être bien plus grande que tu ne le crois.

Je t’invite à mieux comprendre ces bâtisseuses essentielles pour l’avenir sur terre.
Laissez-toi emporter par leurs danses et vibrations bourdonnantes.

Une journée en famille avec un ami apiculteur.

L’abeille, grande cause nationale

Une journée mondiale de l’abeille a été votée à l’unanimité le 20 mai 2017 par l’ONU (Organisation des Nations Unis). C’est le jour d’anniversaire d’Anton Janša (1734 – 1773), considéré comme le père de l’apiculture moderne.
Mais il ne suffit pas d’une seule date (ignorée de la plupart d’entre nous), pour répondre à l’inquiétant déclin de notre butineuse.

Le numéro 1 des pollinisateurs est en danger et nous en sommes tous responsables.
Les pesticides sont la cause première de cette mortalité, passée de 5 à 30 % en 30 ans.
S’ajoute la monoculture liée à notre modèle de production de masse qui appauvrit les sols.
Sans compter les infections parasitaires et les prédateurs (frelon asiatique), conséquences d’un modèle de société à bout de souffle.

L’année 2021 aura été la pire année de production de miel en France, obligeant toujours plus d’importation dont la qualité et l’origine sont difficilement contrôlable.
L’abeille est le baromètre santé de notre planète.
Le constat est irrévocable, l’humanité est en mode survie.

L’ancêtre de l’abeille, de carnivore à végétarienne  

Il faut remonter le temps à l’époque des dinosaures pour trouver le plus ancien fossile de l’abeille.
La butineuse n’était alors qu’une simple guêpe qui s’alimentait d’insectes pollinisateurs. Imprégnée constamment par cette poudre jaune issue de fleurs, elle finit par changer radicalement de régime alimentaire en devenant végétarienne.

La guêpe carnivore est aujourd’hui une abeille qui ne se nourrit plus que de pollen.
Elle est devenue le Numéro 1 des pollinisateurs, essentielle à la vie de la faune et de la flore.
Seulement 1 % des abeilles continue aujourd’hui à se nourrir d’insectes, une espèce uniquement en Amérique centrale.

L’ancêtre de l’abeille a changé d’alimentation, guidée par le plaisir du goût ou la conscience d’une directive plus saine.
Cet événement de l’histoire laisse penser que le mode d’alimentation a un impact sur le cours du vivant.   

De l’abeille à l’élixir miracle

Les abeilles nourrissent leurs larves de pollen brut humecté de nectar ou de miellat.
Elles l’avalent, l’assèchent et le transforment via une réaction chimique nommée l’hydrolyse de saccharose.
Puis elle le transite entre leur trompe et leur jabot. Elles l’enrichissent, le recrachent et se le transmettent entre elles pour en faire du miel.

Pour 500 gr de miel, il faudra environ 17 000 voyages au Numéro 1 des pollinisateurs et 8 700 000 fleurs butinées durant 7000 heures de travail.
Au travers d’une chaleur, d’une ventilation longue et énergique, le miel devient mûr lorsque sa teneur en eau est égale ou inférieure à 18 %.
Son acidité gluconique le protégera des bactéries, champignons et moisissures pour devenir leur denrée impérissable.

C’est un véritable trésor en matière de nutrition et de vertus multiples anti-bactériennes et cicatrisantes.
Le miel est riche en sucres naturels, en vitamines, en minéraux et oligo-éléments.
La butineuse produit aussi la gelée royale et la propolis, un concentré d’éléments vitaux.

Épicurienne, raffinée, prévoyante et artisane du goût, l’abeille nous apporte une richesse en saveurs gustatives.
Elle est un véritable exemple d’auto-suffisance et d’autonomie alimentaire.

Une colonie d’abeilles.

Pas de reine, pas de miel

Grâce à une glande contenue dans la tête des abeilles, l’ADN d’une larve peut être modifié pour donner naissance à la reine. Dès lors, celle-ci tue les autres larves de sa cellule pour occuper la seule place de mère au sein de la colonie.

Après cette bataille, la reine se repose 3 jours avant d’attaquer le vol nuptial lui permettant d’être fécondée par les faux-bourdons. Elle se nourrie de gelée royale jusqu’à sa mort alors que les butineuses, seulement trois premiers jours de vie.   

La reine vit en moyenne 5 ans, souvent tuée par ses filles abeilles, pour cause d’infertilité liée à son âge.
Les alvéoles de la ruche permettent à la reine d’y pondre des œufs fécondés (environ entre 1500 et 3000 par jour). L’absence de fécondation des butineuses donne naissance à de faux-bourdons.
Ces mâles n’ont donc pas de père, uniquement un grand-père (père de la reine-mère).
Ils ne participent pas aux travaux de la ruche mais viennent tout de même s’accaparer du miel.
Leur utilité n’est lié qu’à leur capacité à procréer.
Ils mourront tout de suite après l’accouplement car leur système reproducteur reste accroché à la femelle.

Les abeilles ont une organisation très matriarcale, qui est à l’inverse de notre modèle de société patriarcal. L’occasion de rappeler les bénéfices de la parité.

L’abeille, un animal politique

Il existe environ 100 000 espèces différentes d’abeilles dont un quart non observé.
Les butineuses vivent en colonie dans un petit atelier composé de multiples cellules hexagonales, appelé la ruche.

Ce numéro 1 des pollinisateurs exerce 12 métiers différents en fonction de son âge :
– Au 6ème jour, concierge
– Du 6 au 12ème jour, nourrice et dames d’honneur de la reine
– Du 13 au 20ème jour, croque-mort, ventileuse, architecte, intendante, chimiste, gardienne, éclaireuse et porteuse
– À partir du 21ème jour et ce, jusqu’à sa mort vers le 31ème jour, butineuse.
Cette dernière finit sa vie en tant que voyageuse de fleurs en fleurs.
À elle seule, elle pollinise 71/100 des plantes qui conditionnent nos ressources alimentaires.

L’abeille meurt en héroïne, au travers d’une courte vie de labeur pour servir l’humanité toute entière.

Les alvéoles de la ruche confectionnées par les abeilles

L’abeille et ses leçons de philosophie

Numéro 1 des pollinisateurs, c’est un guide pour rappeler où est notre devoir.
L’ intuition naturelle de la butineuse comme philosophie de vie s’oppose à la nature « barbare » de l’homme avec son environnement.

Les abeilles sont solidaires les unes des autres.
Elles sont en communication permanente via des échanges tactiles, des messagers chimiques et au travers de danses très sophistiquées.

Parce qu’elle est chaste, l’abeille nous renvoie l’image de l’innocence et de la divinité.
Travailleuse acharnée, d’une obéissance volontaire et sans violence, elle glorifie l’idée de la souveraineté du peuple. Elle produit sa propre nourriture en abondance et construit son habitat naturel avec une rigueur mathématique.
Elle est à la fois petite et grande, humble et puissante, dans un équilibre parfait et si fragile.

« On a souvent besoin d’un plus petit que soi », Jean de la Fontaine

Avec toute sa prétendue intelligence, l’humain sera toujours incapable de remplacer la si indispensable petite abeille.
Pendant que la butineuse s’acharne à maintenir son admirable cité, l’humain continue de ne pas trouver sa place dans son monde d’individualisme.

Alors, sur une échelle de 1 à 10, elle est grande comment l’abeille ?


Dans mon jardin : un jeune arbre à miel. Mellifère très apprécié par les abeilles.

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